Contrairement à ce que certains pourraient penser, ce n’est qu’assez tard que j’ai commencé à être publié. Pratiquement, je n’ai démarré dans le journalisme qu’au lendemain de mes quarante ans. Cela va donc faire vingt années d’un métier passionnant.
Les hommes qui m’ont marqué
Avant même d’évoquer les titres pour lesquels j’ai travaillé ou je travaille encore, il me semble que dans toute histoire humaine, ce sont les personnes que l’on rencontre qui ont le plus d’importance. André Malraux a écrit un jour, je cite de mémoire : « Nous méritons toutes nos rencontres. Elles sont accordées par le destin et il nous appartient d’en déterminer le sens et la raison »
Je ne parlerai pas ici des personnalités que j’ai rencontrées lors d’interviews, ni de celles qui dominent le principal secteur économique dont j’ai eu à me préoccuper (l’économie du tourisme).
J’évoquerai simplement quelques noms de la presse : éditeurs, rédacteurs en chef, journalistes, … Et comme ce genre de liste ne reprend qu’une sélection, certains seront heureux d’y figurer, d’autres pas du tout ou encore se demanderont pourquoi je ne les cite pas. Cette liste étant plus ou moins chronologique.
Jacques Schepmans, ancien rédac-chef du « Pourquoi Pas ? » C’est lui qui me recevant chez lui m’a donné certains conseils précieux comme « Un journaliste doit écrire avec ses yeux, sa pensée. Pas avec les yeux du rédacteur en chef, ni ceux du service publicité. » ou encore « Des journalistes voulant couvrir la politique, les sports, l’international, on en trouve des centaines dans les bureaux de chômage. Par contre, les journalistes spécialisés dans des sujets économiques ou sociaux ne courent pas les rues. Surtout ceux qui tiennent compte de l’aspect humain dans les entreprises. »
Patrick De Borghraeve : Ancien directeur de la pub du Pourquoi Pas, de Femmes d’aujourd’hui, puis directeur du Vif Express.. Une connaissance de très longue date puisque nous nous étions rencontrés dans les années septante lorsqu’il était chef de pub au Pourquoi Pas ? Lors d’une discussion au temps où il opérait chez « Femmes d’aujourd’hui », il a trouvé une de mes idées pas trop mauvaises et l’a proposée d’en parler à la rédac en chef. Celle-ci trouvant le concept bon m’a donné ma « chance » comme on dit. Pour la petite histoire, c’est d’ailleurs dans « Femmes d’aujourd’hui » que j’ai publié mon premier article sur Montmédy en 1993.
Henry Dupuis Ancien rédacteur en chef de Trends Tendances. Un grand Monsieur pour moi. Il a le premier compris que si dans l’économie belge les groupes touristiques importants sont tous dans le Nord du pays, il n’en reste pas moins que les trois, quatre millions de francophones consomment ces produits et donc que le secteur devait être suivi au même titre que celui des compagnies aériennes. De même, c’est lui qui m’a rappelé qu’une information dérangeante est toujours une information utile.
Michèle Audrit Ancienne rédactrice en chef adjoint du Trends Tendances et actuelle Rédac-chef adjoint du Vif Express. Une dame qui en a bavé dans la vie mais qui a réussi à tenir le coup et à mener sa barque. Du courage avec moi, elle a dû en avoir avec mon style d’écriture chaotique. Mais pour elle ce qui importait : « Tu apportes des sujets neufs et originaux c’est ce qui compte le plus ». Autrement dit, le fond importe plus que la forme.
Amid Faljaoui. Sans doute, l’un des responsables de presse belge parmi les plus détestés. Certains disent de lui qu’il est le roi du C4 pour les journalistes (ndlr : le licenciement en Belgique). Au risque de déplaire, je considère que partout où il est passé, les journaux dont il a eu la charge sont devenus plus lisibles, moins endormants et se vendent mieux. Et s’ils se vendent, ils peuvent continuer à vivre. En d’autres mots, plus attentifs aux lecteurs, plus modernes en fait. Certains disent qu’il interfère dans la rédaction même des articles. Pour ma part, durant toutes les années pendant lesquelles j’ai travaillé avec lui, jamais au grand jamais, il n’a censuré un seul de mes articles.
Dans la presse professionnelle
Walter Roggemans ancien propriétaire de BBT. Sans doute le seul éditeur qui reconnaissait que disposant d’un média ne vivant que de la pub, il faut soigner ses annonceurs et ne pas les effaroucher. Malgré cette approche, il a de longues années travaillé avec sans doute l’un des journalistes parmi les plus polémique du cirque.
Walter Baeke Fondateur, hélas aujourd’hui décédé, de Travel Express. Quoique son mensuel ne vive que de la publicité, il a toujours accepté des papiers critiques. Même si ceux-ci s’attaquaient directement ou indirectement à l’un de ses annonceurs. Quant à son caractère, un véritable honnête homme tout en étant également le grand poète de la presse. Entendez par là les dates plus qu’irrégulières des parutions.
Robrecht Willaert Fondateur et rédacteur en chef de Travel Magazine. On lui reproche beaucoup de choses. D’être colérique, de se prendre pour le pape de la presse touristique professionnelle en Belgique, d’écraser ses concurrents, de refuser que les articles dans Travel Magazine soient signés, d’être à la botte des grands groupes, … Pourtant, je crois que c’est un homme fidèle dans ses amitiés (ses amis le sont sans doute moins), qui fait confiance dans ses collaborateurs, qui ne manie pas la langue de bois avec les journalistes, d’avoir réussi en quelque sorte à avoir créé un véritable petit groupe de presse.… Malgré tout ses travers, c’est un grand Monsieur.
Pascal Pagnoux Ancien rédacteur en Chef du Quotidien du Tourisme en France. Il a le premier compris qu’il n’y a pas qu’en France qu’il existe des entreprises touristiques francophones. Que les TO belges (mêmes filiales de groupes allemands) devaient être suivis. En plus, contrairement à votre serviteur, un style d’écriture et un humour hors du commun.
Jean Da Luz Fondateur de Tourmag. Envers et contre tout, il a réussi à imposer Tourmag dans la presse professionnelle.Vivant uniquement de la publicité, Tourmag a pu garder pendant de longues années un ton dérangeant et anti-langue de bois. Mais depuis quelques temps, c’est nettement assagi. Entré dans la rédaction en 2001, j’ai été le premier et seul collaborateur non français durant de longues années. La fin du parcours ? Simple, comme il n’y avait pas de pub provenant de Belgique, je devenais un centre de coût et non de profit, il était donc normal que la correspondance permanente en Belgique cesse.
Et chez les confrères
Marc Van der Meir Pour moi, l’un des meilleurs journalistes économistes avec un caractère fort. Pour lui ce qui prime, c’est l’information même non conforme. Cette indépendance d’esprit, il l’a payée durement. Mais c’est aussi un des seuls journalistes que je connaisse pour qui l’expression « retour de l’ascenseur » n’est pas une vaine expression.
Et naturellement Patrick Anspach. Il faudra un jour qu’un confrère écrive un livre entier sur ce diable de journaliste. Le seul journaliste d’aviation belge de taille internationale. L’une des seules vedettes du secteur qui n’a pas le gros cou. L’un des seuls aussi à pouvoir dire à des confrères qu’il n’apprécie pas un papier.
Et les autres…..
J’aurais pu parler de Steve Polus, de Christine Laurent (la seule rédac chef pour qui j’ai travaillé que je n’ai jamais rencontré de ma vie. Comme quoi pour certains rédac-chef les pigistes sont vraiment des personnes infréquentables), de Claude Boumal, de Guido Meuwissen, de Karin de Grauw, etc… mais la liste serait alors interminable. Qu’ils veuillent m’en excuser….ou pousser un soupir de soulagement.
Michel Ghesquière