La SNCB pointée du doigt
Deux semaines après l'accident ferroviaire de Hal-Buizingen, nous sommes amenés à tirer nos conclusions relatives à ce drame. Certains diront que nous sommes très en retard et que d’autres l’ont déjà fait. La différence, c’est qu’en analysant aujourd’hui, nous le faisons à tête reposée et non pas sous le coup de l’émotion.
Premier Flop
Le lundi 15 février 2010, deux trains se télescopent entraînant la mort de 18 personnes. Les premiers secours sont assurés par les services de Hal et de ... Zaventem. Les secours de Tubize et d'Anderlecht situés moins loin que ceux de Zaventem sont, dans un premier temps, ignorés. Le communautaire s'invite à la catastrophe ? Premier Flop.
Dernier Flop
Le samedi 27 février 2010, une cérémonie d'hommage aux victimes se déroulent au palais des Beaux-Arts de Bruxelles. 680 places sont réservées aux familles des victimes. 80 personnes seulement ont fait le déplacement. Le monde politique est par contre présent. Il rend un vibrant hommage aux victimes de cette catastrophe avant de refermer définitivement le "dossier" comme à Ghislenghien, comme à Pécrot, comme à .... etc, etc. Les victimes restant alors seules et abandonnées. Dernier Flop.
Des responsables du sommet à la base
Le monde politique d'abord ...
La ministre des entreprises publiques ainsi que le secrétaire d’Etat à la mobilité. Ce dernier à savoir Etienne Schouppe est le grand patron de la SNCB entre 1986 et 2002. Il est donc notamment chargé de la sécurité du rail. En 1982, un premier système de freinage est lancé pour être abandonné en 1987. Le second est mis sur les rails en 1990 pour être à nouveau abandonné. Le dernier lancé en 1994 sera terminé en ... 2015. 33 années pour mettre un système de sécurité sur pied. De quoi rêver. Mais Etienne Schouppe se déculpabilise en précisant et nous le citons: "Le politique a tout avalisé". En clair, c'est pas moi, c'est l'autre.
Les dirigeants ensuite ...
Luc Lallemand (44 ans) est le patron d'Infrabel, le gestionnaire du réseau (entretien de la voie, signalisation, etc). Diplômé de la marine il commence sa carrière ... en mer. Il la poursuit chez Rossel et DHL. Etiqueté PS, il entre ensuite dans les cabinets Daerden et Onkelinx. C'est donc bardé d'une "incontestable" expérience ferroviaire qu'il devient le patron d'Infrabel.
Marc Descheemaecker (55 ans) est le patron de la SNCB, le gestionnaire des trains de voyageurs et de marchandises. Sa carrière est assez étoffée car il oeuvre au sein de grands groupes et notamment chez MC Kinsey, Black et Decker ainsi qu' ISS. Ce parcours n'empêche pas la SNCB d'enregistrer des résultats financiers catastrophiques. Marc Descheemaecker est étiqueté VLD.
Jannie Haeck (45 ans) est le patron de la Holding. la gestionnaire des gares. C'est un "cabinettard" pur jus puisqu'il entre à 27 ans aux services de Tobback et Vande Lanotte. Son expérience du terrain est donc faible ce qui ne l'empêche pas d'accéder à la fonction suprême. Le patron de la Holding joue en effet un rôle de coordination entre Infrabel, le gestionnaire de l’infrastructure ainsi que du réseau et la SNCB le transporteur de personnes ainsi que de marchandises.
Les 3 précités bénéficient chacun d'un salaire annuel brut de +/- € 500.000 sans compter les avantage en nature dont l'incontournable voiture de fonction (Audi A6 et Mercedes E) avec chauffeurs à disposition. Il est évident que ces "pontes", avec de tels engins, ne risquent dès lors pas de se trouver à bord du train de la mort.
Les cheminots enfin ...
Ils rejettent bien évidemment la faute sur la SNCB et Infrabel. Ils affirment haut et fort qu'aucun feu rouge n'a été brûlé à Hal-Buizingen alors que chaque année des dizaines de convois sont pris en défaut de "signalisation". Le dernier incident du genre remonte à 5 jours seulement. Le jeudi 25 février 2010, un train reliant Anvers à Bruxelles a brûlé un feu rouge.
Les cheminots se plaignent aussi de leurs horaires et de leurs conditions de travail. Ils ne sont pas les seuls à oeuvrer de nuit mais aussi les WE. Les chauffeurs de tout bord (camions, autocars, taxis), le personnel hospitalier, les policiers, les pompiers, certains postiers, etc, etc. sont placés à la même enseigne.
Il faut être clair. On ne brûle jamais un feu rouge et une vigilance de tout instant s'impose dès lors qu'on est à la tête d'un convoi de voyageurs. Ou alors on change de métier.
Mais il est une faille que l'on n'évoque jamais et qui est susceptible de perturber l'attention des conducteurs. Au sein de certaines rames, le compartiment réservé aux contrôleurs est situé à côté de celui destiné aux conducteurs. Il est fréquent qu'une conversation s'installe entre ces deux personnes.
Et que l'on nous dise pas qu'un conducteur n'utilise jamais son GSM. Le cas est fréquent chez les chauffeurs de tout bord. Pourquoi pas chez les cheminots. On peut aussi imaginer qu'entre Bruxelles et Arlon " un cheminot casse la croûte" aux heures de table. Bref, tous des actes involontaires qui peuvent entraîner des accidents.
Les erreurs
La construction ou le renouvellement de nos gares
On ne citera que la gare des Guillemins. Afin de ne pas passer pour des journalistes satiriques nous citerons notre confrère du Soir qui dans son journal du 22 septembre 2009 écrit et nous le citons «La nouvelle gare de Liège est présentée comme un levier de redéploiement urbain et un outil de mobilité régionale. FAUX. C’est une occasion manquée, doublée d’un immense gaspillage. (Un demi-milliard d’euros + 650.000 euros pour la seule journée inaugurale). Était ce vraiment de cela dont les usagers du train en Wallonie avaient le plus urgent besoin».
Sans oublier la gare de Bruxelles Midi qui sera rénovée à grand frais par l'architecte le plus onéreux d'Europe à savoir Jean Nouvel. (NDLR: comme on le sait, il n'existe plus d'architectes valables en Belgique pour des raisons communautaires. Même si certains ont été parmi les rares occidentaux à obtenir une nomination au prix Aga Khan).
La LGV (ligne à grande vitesse) entre Leuven et Liège.
Cette nouvelle voie permet de gagner quelques minutes par rapport à l'ancienne ligne, toujours existante, et qui dessert Tirlemont, Landen et Waremme. Cette LGV permet de faire circuler 8 TGV par jour dans chaque sens (5 Thalys et 3 ICE). Pas de quoi fouetter un chat. Heureusement que des trains classiques utilisent la LGV entre Eupen et Ostende. Mais ils y circulent à du 160 Km/H au lieu de 300 Km/H. Pas de quoi fouetter un second chat.
Les indemnisations des victimes…. tout à fait secondaire
Lors du drame de Pécrot, les familles des victimes ont reçu des sommes tout simplement indécentes qui ont varié entre € 12.000 et € 25.000 par personne décédée. Un vrai scandale. Mais comme nous l'évoquions plus haut, la page est aujourd'hui tournée pour les politiques et les pontes de la SNCB. Les victimes restent, quant à elles, seules face à leur souffrance.
Idefix