Charleroi Bruxelles Sud ou Ryan Airport ?
Avec l’annonce de l’arrivée prochaine de trois avions supplémentaires sur le tarmac carolo, Ryanair envoie un nouveau signal très fort au marché belge. Que restera-t-il aux autres ? Analyse.
En arrivant à Charleroi le 1er mai 1997, Ryanair était une compagnie totalement inconnue inaugurant un concept balbutiant : le low-cost. A l’époque, l’aller-retour vers Dublin était proposé à 3.990 BEF. Une occasion en or pour des milliers de passagers d’effectuer leur… premier voyage en avion.
Douze ans plus tard, sans que personne n’ait vraiment cru au succès de ce business model, si ce n’est ses fondateurs et concepteurs, Ryanair est devenu un des principaux acteurs du ciel européen. Incontournable. Ses défenseurs louent la vista et le caractère de Michael O’Leary, ses détracteurs hurlent aux subsides déguisés et aux coûts supplémentaires prohibitifs (bagages, web check-in….).
Un don du ciel...
Pour Charleroi, Ryanair fût, sans mauvais jeu de mots, un indéniable don du ciel. Une bénédiction synonyme de millions de passagers déversés à un rythme soutenu. Installée le 26 avril 2001, la première base continentale de la compagnie a permis de multiplier en peu de temps le trafic passagers par dix, le faisant passer de 200.000 à plus de deux millions (2004).
En 2008, un terminal flambant neuf financé par la Région wallonne et la Sowaer a donné un nouveau coup d’accélérateur, Ryanair ne cessant d’accroître sa présence, se moquant au passage des tentatives, le plus souvent restées vaines dans le chef de la direction commerciale de l’aéroport, d’attirer d’autres airlines.
Au terme de cette année 2009, Ryanair possède à Charleroi, pas moins de huit avions basés, synonymes de près de quatre millions de passagers répartis sur plus de 70 destinations. Le jack-pot !
Certes, Wizz Air, Jet4You, Jet Air et la dernière venue Air Arabia (qui enregistre des résultats très inférieurs aux prévisions), tentent de grappiller quelques miettes mais, incontestablement, la low-cost irlandaise est bien décidée a exercer une maîtrise totale sur les bords de Sambre.
A un point tel qu’elle se prépare à frapper très fort dès l’été 2010 en basant pas moins de trois Boeing 737-800 supplémentaires sur le tarmac carolo. Cette implantation supplémentaire place d’ores et déjà l’aéroport sur l’orbite des cinq millions de passagers et … la nécessité d’envisager rapidement l’extension du terminal ouvert en 2008. Aucun autre aéroport dans la région ne pourra avancer une croissance aussi fulgurante que celui de Charleroi.
Charleroi plus que jamais Ryanairport...
L’omniprésence d’une seule compagnie, qui plus est, perpétuellement agressive envers ses concurrents, ne sera pas sans conséquences au niveau belge. Analyse.
1. l’aéroport de Zaventem qui enregistre une décroissance constante ne peut que constater la mainmise de Ryanair sur le marché belge. Accessible, accueillant, ignorant les embouteillages, Charleroi est à l’opposé de son grand frère flamand : trop grand, trop cher, perturbé quotidiennement par les bouchons du ring de la capitale.
La clientèle flamande, et hollandaise, ne s’y est pas trompée et délaisse de plus en plus Zaventem. Les chiffres ne trompent pas. Ce nouvel ordre belge des aéroports oblige Zaventem à s’adapter et à privilégier les vols inter continentaux ou, à tout le moins, de plus grande distance. Dans le contexte mondial actuel, une telle adaptation relève de la quadrature du cercle.
2. Zaventem a jusque maintenant complètement loupé son rendez-vous avec le low-cost. A l’époque, Pierre Klees avait balayé d’un mouvement de Cohiba les perspectives des vols à bas tarifs. Enorme erreur. Et dire qu’au temps de la RVAZ, Pierre Klees aurait pu mettre le grappin sur le petit aéroport de Gosselies pour une bouchée de pain….
Certes, Easy Jet a lancé quelques vols à Zaventem mais sa présence reste trop timide par rapport à ce qu’on attendait. Quant à l’aéroport, son projet de terminal low-cost a été tellement mal « emmanché » qu’on se demande si on en verra un jour la première brique…. Dans ce combat sans merci, Charleroi est l’incontestable vainqueur.
3. Charleroi qui, deux ans à peine après avoir inauguré un nouveau terminal doit déjà penser à l’agrandir. Point de critique ici. Personne n’aurait osé imaginer un développement aussi rapide de Ryanair.
Et l’ex-CEO, Marcel Buelens, remercié en juin 2009, n’a guère brillé par ses visions stratégiques, se contentant d’assurer le succès du déménagement remarquablement organisé par ses collaborateurs et faisant modestement illusion sur ses capacités à attirer d’autres compagnies en voyageant aux quatre coins du monde. Le résultat est connu….
4. Pour Charleroi, le quasi-monopole de Ryanair reste un énorme privilège… assorti de quelques petits inconvénients. Ryanair est aujourd’hui la quasi-garantie d’une croissance annuelle à deux chiffres. Les directeurs historiques de Charleroi ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en prédisant cette croissance depuis longtemps.
Trois, quatre, et bientôt cinq millions de passagers, et pas loin de 100 destinations parmi les plus courues du marché européen. Que demander de plus ? Côté inconvénients, on le sait, Ryanair exige toujours plus, ou plutôt toujours moins…. Moins de taxes, moins de frais, moins de coûts…. Une pression constante qui oblige les gestionnaires de l’aéroport à innover et à s’adapter.
Les recettes non-aéronautiques, comprenez celles qui sont tirées de la poche du passager sont dès lors l’indispensable poumon qui doit accompagner l’appétit de développement irlandais. Mais là aussi, le terminal de Charleroi, remarquablement conçu dès le premier coup de crayon, fait office de référence en la matière. Les concessions commerciales ont été plus privilégiées à Charleroi que n’importe où ailleurs. Un business qui tourne tout seul…
5. Avec onze avions basés, on peut se demander ce qu’il va rester aux autres ? Rien, ou à peu près. Immanquablement, Ryanair va maintenant se frotter aux destinations des autres compagnies.
Résisteront-elles ? On peut en douter ou à tout le moins se poser la question. Et d’autres compagnies vont-elles venir se frotter wing to wing aux avions irlandais basés à Charleroi ? Là aussi, la réponse est semble écrite dans le ciel carolo.
6. Enfin, dernier point, celui du contrat qui lie Ryanair à Charleroi. Savamment négocié par Laurent Jossart, (CEO de 2002 à 2006) au sortir de l’enquête (et des sanctions) de la Commission européenne, celui-ci se termine en 2015. Presque demain. A l’heure de la discussion d’un nouvel accord, nul doute que les exigences de Ryanair se seront encore accrues. Cet accord là devra être longuement pesé avant la signature d’un nouveau bail synonyme, forcément, d’une nouvelle volée de millions de passagers.
En conclusion, on dira que rien ne semble venir perturber l’annuelle success story de l’aéroport de Charleroi et de son client chéri. Depuis dix ans, les millions de passagers se succèdent et les résultats ont de quoi donner le tournis à certains concurrents, dont Zaventem ! Félicitations à Charleroi qui a de beaux jours devant lui !
Carolix.