TO
Travel: en France, Thomas Cook et TUI deviennent les vrais patrons du tourisme
03 février 2010
La liberté des AGV en France : le début de la fin du travel indépendant…
D’ici quelques années la France va devenir une copie conforme de la Belgique en ce qui concerne les rapports de force TO et distribution. Du style: AGV taisez-vous, c’est nous qui décidons ce qui est bon pour vous !
D’accord Thomas Cook France n’a jamais dit cela, mais vu de l’étranger cela y ressemble drôlement. En synthétisant à l’extrême, Thomas Cook France après avoir racheté le réseau et le TO hexagonal Jet tours veut imposer à toutes les AGV le changement de stratégie de ce qui était un TO de gamme : passer d’un TO qualitatif à un opérateur démocratique.
Seulement voilà, certaines AGV ne sont pas d’accord. Par exemple, le plus important holding-GIE français, AS issu de la fusion des GIE Afat et Selectour. Celui-ci entendait que Thomas Cook maintienne les mêmes conditions de travail et de rémunération que dans le passé après le 31 janvier.
Autre politique qui a été tentée par le groupe allemand avec les AGV AS: négocier directement avec chacune des AGV qui vendaient Jet tours et écarter de facto la centrale. En d’autres mots, diviser pour régner.
Comme nous l’a expliqué Catalina Cueto de Tour Hebdo : « Le différent a été à un tel point que le réseau est allé en justice pour forcer Thomas Cook à maintenir les conditions antérieures. Procès en référé qui vient d’être perdu par le GIE ».
Quant aux AGV qui ont signé le nouveau contrat, celles-ci y laissent des plumes financières. Ainsi dans une importante ville de province, l’agence Selectour qui a décidé de continuer à vendre Jetour/Thomas Cook voit son taux de commission de base diminuer de 2 %. «Thomas Cook dispose déjà de quatre autres points de vente ici. Donc il peut se passer de moi, tandis que pour ma part, comme ma clientèle demande Jetour, j’ai été obligé de signer ». En somme presqu’un abus de position dominante régional.
Notre analyse sans y toucher…
Dans une certaine mesure, ce conflit est à rapprocher avec celui qui a opposé les mandataires Nouvelles Frontières (les agences franchisées) avec le groupe TUI en France. Ceux-ci ont également été en justice pour exiger que TUI – NF respecte les termes initiaux du contrat de franchise.
Lorsqu’on regarde bien les forces en présence, les deux groupes allemands disposent en France de réseaux de ventes conséquents. Chez TUI, plus de 450 agences (franchisés compris) aux enseignes Nouvelles Frontières et Havas Voyages sont contrôlées et ce sans compter les ventes directes par Internet effectuées par NF et Marmara.
Chez Thomas Cook, on parle de 690 points de vente. Or des alliances ont été passées entre Thomas Cook et le groupe CWT, le GIE Manor et le GIE Tourcom. Ce qui fait qu’en fait Thomas Cook en dehors de quelques AGV n’avait plus besoin des AGV AS.
Et cela n’est qu’un début …
En son temps, Wim Desmet, l’ancien boss de Thomas Cook Belgique qui a été à la tête de l’entrée du groupe en France, nous avait expliqué que la politique serait de mettre en place un TO généraliste important «Vous savez en France, le plus important groupe local, FRAM, est plus petit que le troisième groupe Belge … » (NDLR : A l’époque Sunair n’avait pas disparu de la carte).
Et force est de constater que la politique initiée par Wim Desmet en France a été suivie à la lettre. Sur son site Internet, Thomas Cook se présente comme étant : 2e tour-opérateur Français avec 12 % de part de marché du tour operating en France et 610 000 voyageurs…
Contrairement aux AGV, les groupes comme TUI et Thomas Cook ont une perception du marché à long terme. Explication : les AGV travaillent avec comme horizon de vente 12 mois et donc de saison en saison. Les TO, à cause du contracting réfléchissent déjà à +/- deux ans à l’avance. Et si l’on rajoute à cela leurs implications dans le transport aérien, on peut dire sans trop se tromper que leurs visions se portent à 4 à 5 ans.
Autre phénomène à retenir. Dans plusieurs pays européens, les deux grands groupes contrôlent littéralement la chaîne complète soit en interne, soit grâce à leur position dominante. En Belgique, selon notre confrère Travelon, 51 % des ventes de TUI-Jetair s’effectuent par des canaux de distribution propre au groupe et, ensembles, Thomas Cook et Jetair ont une part de marché cumulée proche des 90 %...
Mettez tout dans un panier et secouez bien…
Nous sommes prêts à parier que d’ici 10 ans au grand maximum, on assistera à renversement complet des rôles en France. La distribution ne contrôlera plus le marché et ce seront les deux groupes allemands qui, comme en Belgique, régneront en maître et dicteront leur loi aux AGV de l’hexagone.
Les seuls qui pourraient maintenir une véritable concurrence sur les marchés sont les autorités de contrôles européennes comme nationales. Mais il ne faut pas trop se faire d’illusions : le lobbying européen des deux groupes est 100 fois supérieur que celui des agences leisure.
A propos, cette analyse, nous la faisions déjà à la fin des années 1990 lorsque Thomas Cook et TUI avaient décidé de s'implanter en France avec les rachats d'Havas et de Thomas Cook. Nous avions provoqué un sourire de la part des rédacteurs en chef des journaux professionnels français successifs pour lesquels nous avions travaillé: "Voyons! La france est différente des autres pays. Jamais cela arrivera!" . Ce qui est arrivé ces deux derniers mois nous donne raison.
Michel Ghesquière
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