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TUI (Jetair)

Soyons bref : aussi bien TUI que Thomas Cook rament allégrement en France et s'en sortent par contre bien en Belgique

09 février 2012

Laissons de côté les annonces des résultats mondiaux des deux mastodontes et penchons-nous sur ceux de Belgique et de France. Il est amusant de constater qu’avec une sorte d’accord parfait, aussi bien TUI que Thomas Cook se plantent quasiment en France et se maintiennent en Belgique.

Tout donne à penser que le modèle économique développé par les deux groupes, s’il réussit dans le Plat Pays, par contre, échoue lamentablement dans le pays de Voltaire. Il y aurait à cela plusieurs raisons.

Dans le désordre :

Les Français voyagent d’abord en France et en voulant imposer en quelque sorte les vacances en avion, TUI comme Thomas Cook vont à l’encontre des habitudes locales. Il est d’ailleurs frappant de constater que ce n’est que l’an passé lors de la crise provoquée par le printemps arabe, qu’avec beaucoup de retard, que les deux ont mis en avant les destinations hexagonales.

Contrairement à la Belgique, l’industrialisation du tourisme de masse est venue tardivement. A cause de la petitesse du royaume et du fait que de garantir le soleil en été s’apparente à la roulette, très rapidement, les Belges ont commencé à voyager. Ajouter à cela, la mise en place de TO à vocation démocratique comme Sunair, dans les années cinquante, a fait que parmi les premiers en Europe continentale, les Belges ont envahi la Costa Brava et d’autres lieux ensoleillés.

Autre phénomène à retenir, parmi les destinations avions, les Français privilégient les pays francophones. Ce qui fait que lorsque la Tunisie, comme l’an passé, a flanché, cela a été la catastrophe.

Ajoutez à cela la lourdeur et la lenteur des prises de décisions par les groupes eux-mêmes. Aussi bien chez Thomas Cook que chez TUI, les patrons parisiens n’ont pas l’habitude de déléguer et donc ont une tendance naturelle à vouloir toujours se considérer comme des sortes de rois absolus. Ce qui fait que contrairement à ce qui se passe en Belgique, la réactivité est plus lente. Logique car si le boss s’est trompé, il lui faut souvent plus de temps pour reconnaître son erreur et le risque est grand pour qu’il tente de maintenir sa politique. Ce qui est moins le cas lorsque les décisions de gestions se font dans un esprit collégial.

Enfin et c’est une donnée importante, si en Belgique avec nos communautés et régions, les patrons sont immédiatement habitués à réagir en fonction de plusieurs marchés culturels, ce n’est pas souvent le cas en France. En dehors de TO régionaux comme FRAM (quoique ce dernier est empêtré dans une guerre de succession) , Salaun, … aussi bien TUI que Thomas Cook fonctionnent en mode parisien et n’intègrent que difficilement la régionalisation. En fait pour eux régionaliser se limitent à placer des avions dans les villes de province et de faire un collé coupé des brochures pensées et réalisées à Paris. Mais ils oublient ou refusent d’admettre qu’un Breton, un Alsacien, un Aquitain ne pensent pas et ne réagissentt pas toujours comme un Parisien.

Est-ce que TUI et Thomas Cook vont pouvoir réussir en France ?

Dieu seul pourra le dire. En tout état de cause, il y a beaucoup de chances que les deux groupes vont devoir encore investir massivement dans leurs filiales hexagonales.

Mais ce qui sera le plus important pour eux c’est de repenser totalement la mentalité de leurs cadres. Il est aberrant dans un secteur comme le tourisme que les responsables des grands groupes n’aient aucune expérience du terrain.

Il sera également important pour eux de revoir leur structure opérationnelle et de favoriser une décentralisation des prises de décisions. Sauf erreur de notre part, aussi longtemps que le réflexe centralisateur va jouer, les deux groupes vont continuer à ramer.

Il est frappant d’ailleurs de constater que si Nouvelles Frontières se casse la gueule, ce n’est pas le cas des TO de TUI situés à Lyon et de la filiale de location sans permis Le Boat. Ces entités prospèrent. Il nous semble aussi qu’en fusionnant NF, Marmara, et les autres TO provinciaux du groupe, TUI en France commet une erreur monumentale.

En agissant ainsi, le groupe germano-britannique, va encore alourdir la gestion du groupe et le rendre moins souple en cas de prises de décisions lors de crises.

Mais cela, c’est une autre histoire... d'autant plus qu'il faut maintenant tenir compte en plus des bouleversements provoqués par les nouvelles habitudes d'achats et de ventes... Internet, les réseaux sociaux, etc ...

Michel Ghesquière

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