Luxembourg
Luxembourg et lowcost : Vive le protectionnisme d’arrière-garde
13 janvier 2012
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Une délégation d’un syndicat a rencontré la ministre du Tourisme pour s’opposer à l’arrivée du low cost à l’aéroport de Luxembourg. A en croire le syndicat, la ministre a abondé. Problème : la délégation n’était, à une personne près, composée que de délégués de la compagnie nationale Luxair. Compagnie qui est au pied du mur. Tandis que la clientèle des vols low cost va les chercher ailleurs…
C’est un communiqué de presse pour le moins alambiqué qui a été diffusé jeudi par le syndicat (socialiste) luxembourgeois OGBL. Intitulé « Pas de compagnie à bas coûts au Luxembourg », il permet d’abord de se poser la question de savoir sit la compagnie low cost suisse Darwin Airlines viendra bien au Findel, depuis Logano et Genève, à partir du 30 janvier, comme Pagtour l’avait annoncé.
Car ça, ce communiqué de presse n’en parle pas. Ou prend soin de ne pas en parler.
Donc, un simple contact avec Darwin Airlines nous a permis de vérifier. « Oui, nous viendrons bien à Luxembourg à partir du 30 janvier, à partir de Genève », nous a-t-on répondu à la compagnie.
Et, parce que deux vérifications valent mieux qu’une, j’y suis allé d’une réservation : aucun problème pour obtenir un vol, à 99 francs suisses. On sait d’ailleurs que, dès l’annonce de l’arrivée de Darwin, la compagnie luxembourgeoise Luxair, a réagi en réaménageant ses horaires sur Genève, qui est l’une de ses destinations rentables.
Contre toute réalité
Alors, que veut dire ce communiqué. Que, au Luxembourg, le monde syndical – mais pas rien que lui, très loin s’en faut, le politique est (discrètement) en première ligne – en reste à une vision très étriquée des réalités économiques et sociales du transport aérien, avec une défense jusqu’auboutiste du protectionnisme à tout crin. Car, qu’on le veuille ou non, qu’on les apprécie ou non, les low costs font maintenant partie du paysage économique du transport aérien.
C’est en réalité une délégation du syndicat « Aviation civile » qui a été reçue par la ministre en charge du Tourisme, Françoise Hetto-Gaasch. On aurait pu penser au ministre du Travail ou de l’Economie, mais ce fut Mme Hetto-Gaasch, puisque c’est elle qui est à l’origine, il y a quelques semaines – par des propos ambigus tenus lors d’un événement touristique et pas du tout en lien avec l’aviation – des rumeurs sur l’arrivée de low costs à Luxembourg.
Comme Darwin avait alors tout juste ficelé ses accords, tout porte à croire que la ministre ne pouvait pas ne pas savoir.
Selon la délégation syndicale – faite essentiellement de délégués Luxair (8 personnes sur les neuf présentes) ! – la ministre a précisé que « la discussion concernant l’implantation d’une société à bas coûts reposerait sur un malentendu ».
« En effet, ce n’était pas le ministère du Tourisme, mais la fédération patronale Horesca qui était à l’origine de cette idée. Par ailleurs, le ministère était d’avis qu’il faudrait être ouvert à de nouvelles destinations et confirma être saisi par des demandes concrètes de la Chine et de la Russie qui aimeraient intensifier l’échange touristique avec le Luxembourg.
Selon les dires de la ministre, il ne s’agit pas d’établir une concurrence pour Luxair et les autres compagnies aériennes établies au Luxembourg, mais de présenter une offre complémentaire. »
En clair, la ministre lance la patate chaude à l’Horesca, sans du tout aborder le fond du problème. Courage, fuyons…
De plus, on pourrait se demander ce que pense de tout cela le personnel (syndiqué ou non) de Luxairport. Qui a, lui, tout intérêt à voir arriver plus d’avions…
Mais la cerise sur le gâteau vient en deuxième partie du communiqué. Qui dit ce qui suit : « L’OGBL a expliqué à la ministre que l’arrivée d’une compagnie à bas coûts n’est pas une option pour le Luxembourg. Il lui a remis une étude sur les compagnies low cost réalisée par l’ITF (Fédération Internationale des Travailleurs du Transport) selon laquelle ces entreprises mettent sérieusement en cause les conditions sociales dans le secteur de l’aviation.
L’arrivée d’une compagnie low cost mettrait en danger les quelque 6 500 emplois au Findel. Les deux côtés sont tombés d’accord sur le principe que l’arrivée d’une compagnie aérienne à bas coûts ne constituerait pas un avantage pour le Luxembourg en ce qui concerne les taxes d’atterrissage.
L’OGBL a salué la proposition de la ministre d’intensifier la collaboration entre le ministère et les compagnies aériennes. »
A lire ces lignes, en effet, la ministre confirme donc le maintien du protectionnisme ambiant (et vieux comme le monde au Findel).
Des constats « oubliés »
Or, la réalité est que Luxair (je ne parle pas ici de sa filiale TO Luxair Tours) encaisse très mal – et comme bien d’autres compagnies – la crise économique et la flambée des prix des produits pétroliers.
Ainsi, l’année dernière, la compagnie a tout bonnement « sucré » sa traditionnelle conférence de presse de présentation de ses résultats annuels 2010, se bornant à un communiqué de presse sibyllin. Et évitant au passage toute question serait-ce un rien dérangeante.
Pourtant, plus aucun observateur un tant soit peu compétent ne doute que Luxair, dont le plan d’économies et de restructuration « Building a new airline » a été réduit à néant ou presque par la crise, est aujourd’hui au pied du mur. Et que de nouvelles mesures de restructuration s’imposent d’urgence.
Dans ce contexte, les syndicats – et tout le monde politique et économique luxembourgeois – feraient pourtant fort bien de se demander, avant qu’il ne soit trop tard, si l’arrivée de low costs à Luxembourg ne serait pas, plutôt, une bonne affaire.
Bien sûr, le Findel ne pourra jamais devenir un autre Charleroi, le marché étant trop étroit. Mais il est hautement probable qu’une offre low cost, même limitée créerait de l'emploi. Que l’on sait en effet plus précaire, ça nul ne le conteste. Mais c’est mieux que pas d’emploi du tout… Tandis que l’Horesca – et l’emploi qu’il génère – pourrait en effet s’en féliciter.
Et je m’en voudrais de ne pas rappeler ici que les lignes de car mises en service par une entreprise luxembourgeoise de transport, vers les aéroports de Charleroi et de Hahn marchent bien, merci. Ce qui veut dire que si la clientèle va chercher ailleurs les vols low cost. Alors, pourquoi les empêcher à Luxembourg ?
Marc Vandermeir
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