Général
Le tourisme, selon Florent Dillie, Jacques Sole et Gérard Brackx, un monde en voie de disparition ?
21 septembre 2011
Les décès successifs de Florent Dillie, Jacques Sole et Gérard Bracks appellent à la réflexion. Ils représentaient toute une époque de l’industrie du tourisme.
Si l’on reprend l’historique même de l’organisation des voyages, à l’origine, il n’y avait que les moyens de transport et d’hébergements. Les AGV sont venues plus tard avec comme mission de simplifier la vie des voyageurs.
Certaines AGV ont privilégié les contacts clients, d’autres l’organisation même des voyages. Ces dernières devenant par la suite les TO. Au lendemain de la guerre et jusqu’au début des années 2000, les fonctions étaient encore bien séparées : aux AGV la commercialisation et la vente des produits, aux TO l’assemblage des fonctions transports, transferts, hébergements et/ou circuits. Chacun donc restait donc sur son créneau et n’empiétait pas dans le domaine des autres.
Aujourd’hui, les fournisseurs (TO, compagnies de transports et hébergements) ne rêvent plus que d’un monde où les intermédiaires auront disparu.
L’arrivée du commissionnement et surtout des surcommissions
Les AGV, en confiant la mission de l’organisation des voyages et des forfaits aux seuls TO et en prenant peur d’organiser elles-mêmes les voyages, ont oublié la fonction primaire qu’elles avaient aux yeux des clients. A savoir d’être les spécialistes et les conseillers objectifs pour les vacances et les voyages.
Avec le temps, en caricaturant, on peut dire que l’objectif des AGV n’a plus été de satisfaire pleinement les touristes mais de ne revendre que les forfaits pour lesquels elles avaient et ont les meilleures commissions avec le moins de litiges possibles. En d’autres mots de n’être que des distributeurs de brochures et des preneurs de commandes.
Et lorsqu’on regarde ou analyse les brochures, force est de constater que dans la plupart des cas, les seules variables effectives des contenus se limitent aux seuls noms des éditeurs, pardon des voyagistes.
Comme les touristes trouvent de moins en moins un service réellement personnalisé chez les AGV, il est tout à fait logique que, lorsque Internet est arrivé, ceux-ci ont commencé à chercher eux-mêmes des produits les satisfaisant.
En résumé, à cause même de la politique commerciale des AGV et des TO, ils ne ressentent plus le besoin de ces intermédiaires.
Or la réponse des professionnels à cette nouvelle donne du marché a été à côté de la plaque. Au lieu de rappeler toutes les garanties de bonne fin qu’un professionnel offre, TO et AGV ont mis en avant un seul élément : le prix.
Or l’histoire économique nous apprend qu’un prix n’est qu’un élément d’un produit et que si une guerre des prix a lieu, à terme, tout le monde est perdant.
Mieux est, on trouvera toujours moins cher et en plus souvent avec une meilleure qualité.
Ce qui nous fait dire qu’à terme si TO comme AGV ne retournent pas aux sources mêmes de leur job, Internet et les ventes directes vont les condamner à disparaître.
Or que constate-t-on ?
Sauf pour les produits à la carte et voyages de groupe thématiques, les produits du tourisme industriel sont devenus tout ce quil y a de plus banal. Qui peut donner objectivement la différence entre une plage en Tunisie ou en Turquie ? Et si l’on prend le monde des croisières, n’est-il pas vrai qu’en dehors d’une couleur de cheminée, Costa ou MSC offrent les mêmes services, les mêmes itinéraires, la même nourriture plus ou moins internationalisée… ?
Ce qui fait qu’une AGV conseillera un TO ou un croisiériste se limite trop souvent au seul niveau du commissionnement ou plus exactement du surcommissionement.
Et pour ce qui est des AGV, non seulement nombre d’entre elles ont une peur panique de proposer des formules originales mais en plus d’organiser elles-mêmes des séjours. Logique car la crainte de déplaire aux grands TO les paralyse.
Tandis que chez les grands TO généralistes, il n’existe plus comme priorité que de trouver le moins cher possible avec le minimum de frais. Et basta pour la vraie qualité et le respect aux touristes.
Florent Dillie était représentatif d’un monde où le TO de niche essayait d’apporter une vraie plus value qualitative globale à ses produits.
Jacques Sole a défendu l’indépendance des AGV face aux fournisseurs mais en prenant la voie de la meilleure rémunération possible.
Gérard Brackx a réussi, avec Wim Desmet (Thomas Cook) et Rudolf Vanmoerkeke (Sunair) à imposer, dans les voyages à forfaits, la loi des TO.
Trois modes de pensée qui bientôt se conjugueront au passé si le secteur ne se ressaisit pas.
Michel Ghesquière
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