Grèce
Le meilleur de la croisière Costa, c’est Pyrgos-en-Arcadie
27 novembre 2011
Pyrgos : même la Grèce profonde, authentique à défaut d’être romantique, peut être découverte dans une croisière Costa…
Quel bol nous avons eu !
Etant inscrit parmi les 3.500 participants d’une croisière Costa, dite romantique, à bord d’un paquebot italien géant fraîchement sorti des chantiers navals de la banlieue industrielle de Venise, le Favolosa – une ville flottante bardée d’électronique et de lampions de foire, de près de 5000 personnes si l’on additionne les passagers et l’équipage (environ 1100 personnes !) – , nous fûmes les seuls passagers à découvrir « la » perle de l’itinéraire.
Ce qui nous obligea d’escamoter la visite du site archéologique d’Olympie que nous avions déjà vu à trois reprises.
De quelle « perle » parlons-nous ? De la petite ville de Pyrgos se trouvant à mi-chemin de Katakolon, qui est le port des touristes contraints d’accéder à Olympie par la mer, et de la cité contemporaine d’Olympie elle-même. Il n’est pas question ici de dénigrer Olympie et son merveilleux musée archéologique…même si les abords du site antique où furent inaugurés les jeux éponymes sont quelque peu décharnés, ayant été déboisés l’an dernier à la suite d’un incendie de forêt criminel.
Assurément, il fallait le vouloir
Se limiter à cette halte campagnarde à 20 km en aval de la cité des jeux. Car si l’on s’en était tenu aux commentaires des guides les plus sérieux du monde (Routard, Guide Bleu, etc) concernant Pyrgos, nous aurions passé outre et négligé cette escale méconnue : « ville banale », « grosse bourgade à l’aspect assez rébarbatif », « étape sans intérêt sur la route d’Olympie », etc.
Comme quoi, les guides, si savants et réputés soient-ils, ne font-ils que calquer les préjugés des travailleurs professionnels et bien pensants du tourisme archéologique hellène.
Admirateur de Jacques Lacarrière (1925-2005), ce Français « fou de Grèce », hellénophone ancien et moderne, rendu célèbre en 1976 par son magistral essai « L’été grec » narrant ses pérégrinations dans le Péloponnèse et les îles pendant de longues années, nous avions été briefé par une amoureuse du site de Pyrgos, elle aussi héritière de Jacques Lacarrière, ce « pâtre gréco-limousin » dont peu de gens savent qu’il faisait suivre son nom sur ses cartes de visite de la seule mention : « homo sapiens ».
Pour ceux qui s’intéresseraient à Pyrgos, rappelons qu’il s’agit de la cité arcadienne (dans cette province du Péloponnèse qui englobe aussi Olympie et Sparte) et non d’une de ces multiples bourgades qui s’appellent aussi Pyrgos notamment dans les îles ioniennes et le Dodécanèse.
Cela dit, la Pyrgos arcadienne – qui est aujourd’hui une ville de 30.000 habitants - n’est pas sans rapport avec l’Antiquité classique. Elle est l’héritière de Ledrinoï, une étape sur la voie sacrée reliant les antiques cités d’Elis et d’Olympie.
Elle est voisine de la cité homérique de Thryoessa, devenue Epitalion sous Xénophon, et plus tard du site d’implantation de thermes romains, du 2e au 4e siècles de notre ère. Elle est voisine également des fameuses grottes souterraines de Pyrgos-Dirou dont on peut sillonner en barque les canaux drainant des eaux à température constante.
Elle est proche enfin de la forteresse franque de Chlemoutsi, dont les épaisses murailles sont parfaitement conservées.
Mais le charme de Pyrgos est ailleurs.
Peu de gens savent, même en Grèce, que Pyrgos est la capitale du raisin sec de…Corinthe et est devenu un centre de traitement et de répartition de fruits et légumes et de tous les produits agricoles du Péloponnèse, et notamment des fameuses tomates rouges oblongues ainsi que des châtaignes pourpres de Laconie: diverses manufactures locales en font d’excellents concentrés pâteux.
Le charme de Pyrgos est dans ses ruelles étroites, sa petite gare qui transporte sur 13 km les voyageurs embarquant à Katakolon, cette dernière localité méritant, elle, le titre de bourgade rébarbative composée de deux rues parallèles composée exclusivement d’échoppes à pacotille pour touristes. A Katakolon, il n’y a même pas de gare, seulement un quai face au parking des bus de la Ktel, l’entreprise publique des bus régionaux.
On admire de belles églises orthodoxes à Pyrgos, dans lesquelles on peut s’asseoir et faire une pause dans la fraîcheur, contrairement à ce qui se passe dans les églises des pays slaves, et même une belle et majestueuse cathédrale blanche sur les hauteurs. Vite un arrêt dans un de ces kafénéion où des hommes à casquette jouent au tavli (jeu de jacquet grec) en sirotant un ouzo.
A l’épicerie on vend le vin résiné en bouteille plastique d’1,5 litre...
Nectar pas spécialement destiné, du moins dans ce conditionnement, aux touristes croisiéristes… mais qu’on achète tout même à la jeune patronne malgré l’interdiction d’introduire à bord des produits de ce genre prétendument « pollués » mais mille fois plus sains et artisanaux que les vins standards italiens proposés par Costa sous les néons criards des restaurants répartis sur plusieurs ponts/desks du paquebot-casino.
A Pyrgos, on bavarde avec la libraire en achetant le journal quotidien de Pyrgos (en caractères grecs, of course). On lui achète un livre d’histoire locale ou apparaissent, sur des photos jaunies, les arrière-grands-parents de la vendeuse. Là on boit le café grec avec son marc en compagnie de vieux jouant au komboloï, cette sorte de chapelet aux gros grains colorés (99 au total, symbolisant chacun une façon différente de désigner Allah) : vieil héritage de l’occupation ottomane.
On discute de l’euro. Il ne faut l’abandonner à aucun prix : tout le monde est d’accord là-dessus : c’est la meilleure façon de faire du commerce avec les gentils «étrangers », même s’ils viennent du pays « hostile » d’Angela Merkel : car les Allemands restent l’origine principale de tous les touristes qui visitent la Grèce en ce moment. Aucune colère, aucune acrimonie contre la situation de crise : « on s’en sortira, comme les valeureux Grecs n’ont cessé de le faire depuis l’Illiade et l’Odyssée », affirme Evangelina, notre correspondante pyrgossienne .
Quelle sérénité, quel farniente
Loin de la dolce vita agitée des saunas de croisières. La Grèce sera sauvée, c’est sûr, grâce à sa philosophie. Mais il nous faut regagner le navire, en bus urbain cette fois car l’escale est bien trop courte pour bénéficier du prochain trajet en Micheline (1,5 euro la course). On voudrait que le temps s’arrête mais déjà mugissent les sirènes de l’énorme baleine Favolosa.
Qu’importe, nous avons pris le temps de nous arrêter dans la plus fabuleuse escale – absolument non programmée, on vous le jure – de la « croisière romantique » de Costa dont font sans doute partie, grâce à Dieu, un nombre indéfini d’homo sapiens qui savent encore se balader sans but précis sous le soleil de novembre, en égrenant ou non leur komboloï couleur d’ambre.
Camille Vermont
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