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Chine

Le Louvre reçoit la Cité Interdite et la Chine découvre Le Louvre

12 octobre 2011

Voulez-vous faire l'économie d'un aller-retour en avion de 9000 km pour aller vous balader dans ce qui est avec Le Louvre, nous assure-t-on, le musée le plus visité - et l'un des plus anciens - au monde, la "Cité Interdite" de Pékin ? 

 

Oui ? alors descendez sans attendre sur Paris et visitez l'exposition intitulée "La Cité interdite au Louvre. Empereurs de Chine et rois de France", qui a ouvert ses portes le 29 septembre dernier.

130 objets rares, dont beaucoup ne sont jamais sortis de Chine

130 objets rares, dont beaucoup ne sont jamais sortis de Chine, y sont exposés dans les ailes Richelieu et Sully du grand musée parisien d'origine royale.

Mais pourquoi ces ailes-là ?

Parce que, comme l'ont rappelé les Chinois au terme d'une demande expresse - une demande que Sarkozy, qui a déjà tellement "fâché" les Chinois ces dernières années, ne pouvait pas ne pas satisfaire -, ce sont les ailes les plus proches de la "Pyramide de verre" conçue par l'architecte cantonnais Leoh Ming Pei.

Car, bien qu'il ait obtenu la nationalité américaine, Pei, qui est par ailleurs l'auteur du siège emblématique de la Bank of China à Hong Kong, est considéré en Chine comme un héros national.

Clin d'oeil de l'histoire: "Le Figaro", l'un des parrains officiels de l'exposition du Louvre, avait qualifié il y a 22 ans lors de son inauguration l'oeuvre de Pei (commanditée par feu le président François Mitterrand, la "bête noire" du journal parisien) de "coup de poing architectural inadmissible dans la perspective des jardins du Louvre". Il n'y a il est vrai que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.

Cette sélection d'oeuvres d'art mises en parallèle avec les chefs-d'oeuvre européens contemporains des trésors pékinois exposés à Paris évoque les 24 empereurs chinois des dynasties Ming et Qing: soit ceux qui, de 1420 à 1924, séjournèrent au Palais impérial de Pékin.

Le Palais impérial, l'un des plus grands musées au monde

Certes, l'empire chinois s'écroula au début de 1912 mais les nouvelles autorités - républicaines -  mises en place sous Sun Yat-sen permirent au dernier empereur Pu Yi à y séjourner encore pendant douze ans. C'est donc à partir de 1924 qu'il fut interdit d'appeler encore ce palais "cité interdite", puisqu'elle ne l'était plus, et qu'on l'ouvre aujourd'hui au public sous le nom  qui demeure son appellation officielle de "musée national du palais".

Rappelons que ce musée est aussi l'un des plus étendus au monde puisqu'il représente un rectangle d'environ un kilomètre de long sur 750 mètres de large (soit près de 75 hectares, dont les deux tiers sont composés de jardins).

Bien que le marbre blanc, les hauts murs de briques peints de couleur pourpre et les tuiles vernissées orange soient omniprésents, c'est aussi le plus vaste ensemble historique au monde utilisant le bois comme matériau principal : comme on sait, c'est ce matériau qui est à la base de la superstructure de tous les bâtiments en Chine jusqu'à l'avènement de la période industrielle. 

L'ensemble compte 7800 pièces (et  non 10000 comme le veut la légende) réparties dans des centaines de pavillons encerclant les deux grandes cours intérieures. Le site, qui faillit être saccagé sous la pioche des gardes rouges déchaînés en 1966, est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1987.

Une exposition inspirée par Bruxelles

S'inspirant du modèle d'une exposition bien plus modeste organisée il y a quelques années au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, celle du Louvre montre la succession des souverains chinois, dont les "géants" que furent l(empereur Kangxi (celui qui ouvrit au 17e siècle de notre ère l'empire aux Occidentaux et en particulier aux jésuites italiens, portugais, allemands, français et - ne l'oublions pas - belges du nord, tel Verbiest, comme du sud du pays, tel Couplet), ou l'empereur Qianlong (18e siècle), ainsi que, pour chaque période, les échanges qui ont pu exister entre la France, avec Philippe le Bel, Charles V, Louis XIV, Louis XVI, etc, et la Chine. 

En d'autres termes : un dialogue d'égalité à égalité entre deux cultures et un regard croisé de curiosités ("La Joconde" de Léonard de Vinci et des peintures chinoises de la même époque). On est loin du regard en "dragons de faïence" du printemps parisien de 2008 !

Et précisément, en raison de ce thème bi-face, l'exposition de Paris a nécessité une étroite coopération entre la France et le Chine, la première lui donnant comme commissaire l'un de ses plus prestigieux sinologues, Jean-Paul Desroches, conservateur du Musée national des Arts asiatiques à Paris (Musée Guimet) et la seconde lui donnant comme commissaire chinois L.V. Chenglong, vice-directeur de la Cité Interdite.

Rappelons ici qu'en Chine les "vice-" dans le jargon officiel sont toujours plus importants au plan exécutif que les titulaires en titre qui ne sont que les représentants du Parti, en charge du contrôle idéologique.

Une manifestation très importante pour les Chinois

Les Chinois prennent en tout état de cause cette manifestation très au sérieux puisqu'ils ont diffusé cet été sur la télévision nationale CCTV une série en douze épisodes intitulée "Quand la Cité interdite rencontre Le Louvre".Inutile de dire qu'après cela  on peut s'attendre à voir défiler à Paris des cohortes de touristes chinois...qui ne lésineront pas à la dépense.

Le Louvre en est conscient qui a ajouté le chinois aux trois autres langues (français, anglais, japonais) utilisées d'une manière générale pour la présentation de ses collections, y compris dans les départements n'ayant rien à voir avec l'exposition "Cité interdite".

Que voir à l'exposition du Louvre ?

Des peintures anciennes sur rouleau, des toiles modernes, vases, coupes, laques, vêtements d'apparat, uniformes militaires, estampes, calligraphies, bronzes. On notera justement, à propos des bronzes chinois,  que ceux-ci firent l'objet en 1999 au Grand Palais à Paris d'une autre grande exposition emblématique "Mémoires d'empire", avec déjà Jean-Paul Desroches comme commissaire, montrant des pièces rares n'ayant jamais quitté le "Musée national du Palais" à Taipei (oeuvres provenant elles-mêmes de la Cité interdite de Pékin), et qui fit l'objet d'un prestigieux catalogue traduit en partie  par la professeure sino-belge Xu Jianping.

L'expo "La cité interdite au Louvre" est ouverte jusqu'au 9 janvier 2012 au musée du Louvre (Paris, 1er arr. Tél.: 0033 140205050.

Camille Vermont   

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