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Chine

Le Louvre et Taiwan font la nique à la Cité Interdite de Pékin

15 novembre 2011

Face aux initiatives culturelles et touristique du "Continent", la petite république insulaire de Taiwan se veut plus que jamais battante et pleine d'initiative.

On se rappellera l'organisation il y deux semaines à Bruxelles de l'exposition consacrée à la vie et l'oeuvre d'un des tout premiers grands hommes d'Etat de la Chine nouvelle, Lou Tseng-tsiang (ou Lu Zhengxiang selon l'orthographe adoptée par Pékin) qui avait épousé - il y a un siècle - la fille d'un diplomate belge...et décéda sous l'habit de moine bénédictin à Bruges, en 1949, l'année même où Mao Zedong inaugurait un régime de pouvoir absolu à Pékin. 

Cette exposition, organisée à l'Espace Flagey, face à l'église Sainte-Croix à Ixelles, a rencontré un grand succès. 

Certes, le gouvernement de la République populaire, qui en cette année 2011 a préféré, dans ses contacts avec la Belgique, mettre l'accent sur le 40e anniversaire de l'ouverture des relations diplomatiques Belgique-Chine plutôt que sur le centenaire de l'abolition du système impérial chinois en 1911, a aussi commémoré, de manière assez discrète, l'action du ministre sino-belge en faveur de l'abolition du système impérial. 

Les responsables pékinois ont même invité un des meilleurs sinologues belges, M. Jean-Marie Simonet, a réaliser la préface d'une étude en chinois sur le moine-ministre Lou Tseng-tsiang, celui-là même qui a fait l'objet de l'exposition du quartier Sainte-Croix.

L'abeille laborieuse de Taiwan a persisté et signé

Faisant à nouveau la nique à Pékin, elle organise à peu près aux mêmes dates que la fameuse expositione "La Cité interdite au Louvre", une exposition tout aussi prestigieuse, et sur le même thème, au Musée national du Palais à Taipei, l'un des musées d'art chinois les plus fameux au monde. 

La "nique" et la "pique" sont patentes, puisque le titre de l'exposition taïwanaise est encore plus explicite que celui de la manifestation parisienne: "L'empereur Kangxi et le Roi soleil Louis XIV". 

Car, oui Taipei aussi a bénéficié de la coopération des musées du Louvre et d'une dizaine d'autres institutions françaises prestigieuses...dont le Musée des arts asiatiques de Paris (musée Guimet) et le musée du Château de Versailles. Cela correspondait à une logique parfaite puisqu'au Musée du Palais, on a voulu montrer comment deux souverains absolus (Kangxi et Louis XIV)) marquèrent le siècle de leur empreinte; et comment les deux monarques entretinrent, par voies diplomatiques...et jésuitiques, d'étroites relations, s'échangeant des cadeaux prestigieux. 

Certes, ils ne se rencontrèrent pas physiquement

Mais leur correspondance atteste qu'ils se respectaient mutuellement.  Le Roi Soleil ne fit pas mystère de son admiration pour son alter ego chinois. Il favorisa une première vague de "chinoiserie" en Europe, y introduisant les arts décoratifs, la vaisselle, les soieries et la musique de l'Empire du Milieu.  

D'une manière générale, le commissaire de l'exposition de Taipei a voulu mettre en lumière les points communs entre les deux pouvoirs, en particulier en matière de centralisation du pouvoir et de diffusion des arts et lettres, entre le roi de France et le maître de la Cité interdite.

Ouverte depuis début octobre, l'exposition de Taipei se poursuit jusqu'au 3 janvier...soit une semaine plus tôt que l'exposition au Louvre.

Taipei 200 objets rares, Pékin au Louvre130 …

Elle propose 200 objets rares contre 130 au Louvre. Et bien qu'elle se soit, elle aussi, "approprié" certains sinologues et conservateurs de musée français, elle ne risque pas de s'attirer les foudres de Pékin, parce que son conservateur a pris soin de solliciter aussi des confrères des musées d'art de Shanghai et de Shenyang, deux grandes métropoles de la république populaire.

Voilà donc des "frères ennemis" qui s'entendent comme larrons en foire pour valoriser les "tribulations culturelles et touristiques triangulaires", faisant voyager les férus d'art chinois de Pékin à Paris...et de Paris à Taipei. 

Les autorités touristiques des régions belges pourraient peut être s'inspirer de  semblables synergies à la chinoise ?

Camille Vermont    

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