Chine
La plus haute « roue foraine » sur une tour de 450 m. à Canton, en Chine
26 septembre 2011
Dire des Chinois qu’ils sont chauvins est un euphémisme. Le chauvinisme des Français n’est rien comparé au leur. En revanche, ils sont les champions du sophisme et ici aussi nous utilisons un euphémisme pour éviter d’utiliser des épithètes comme vantards ou tricheurs.
Divers médias chinois ont annoncé ce mois-ci que venait d’être inaugurée à Canton (Guanzhou, en chinois), la métropole du sud de la Chine, « la plus haute grande roue du monde », à 450 mètres au-dessus du niveau du sol. Sous-entendu : sur la toiture du plus haut gratte-ciel d’Asie.
On joue évidemment sur les mots.
Une « grande roue », le « top » des attractions foraines (et des attractions urbaines tout court), c’est, par définition, une immense roue de bicyclette stabilisée verticalement par un pylone-fourche également gigantesque. Des nacelles, fermées ou à l’air libre, sont suspendues à intervalles réguliers pendant que la roue tourne lentement. Les passagers spectateurs voient ainsi défiler un panorama urbain aux diverses « latitudes » de la roue , c'est-à-dire du plus bas belvédère vers le plus haut, et ensuite du plus haut vers le plus bas.
Dans le monde, la « grande roue » verticale dont le diamètre est le plus long (165 mètres) est celle de Singapour-Marina Bay, une autre tour chinoise donc, puisque d’aucuns considèrent la Cité-Etat comme faisant partie de la Grande Chine.
Quid alors de la roue de Canton à 450 mètres ? Eh bien il ne s’agit pas ici à proprement parler d’une roue de bicyclette…mais d’un tourniquet de casino. La roue – car c’en est une assurément – est posée à l’horizontale au sommet d’un immeuble qui n’est lui-même pas à proprement parler un gratte-ciel à étages, mais une tour de télévision.
Son toit n’est pas très étendu et la « roue » posée à plat ne peut donc l’être , elle non plus, bien que personne ne fasse état de son diamètre réel. Tout ce que l’on sait, c’est qu’elle est doté de très peu de « nacelles » (terme impropre ici puisque ces petits habitacles sphériques d’acier et de plexiglas ne sont pas suspendus mais glissent sur un rail) : seize en tout, permettant, lorsqu’elles ont toutes occupées, d’y loger 96 personnes.
Plus exactement un belvédère mobile situé entre 450 et 454 mètres
Ce disque tournant permet aux occupants des nacelles d’admirer les quatre points cardinaux du panorama de Canton (puisqu’ils font un tour à 360 °). C’est donc plutôt un belvédère mobile, comme le sont certains restaurants tournants, ou un point de vue panoramique complet comme la boule faîtière de l’Atomium ou le dernier étage de la « Tour 101 » de Taipei.
Mais la roue de Canton conserve un lien de parenté avec les attractions de foire, car en fait, elle n’est pas vraiment horizontale : elle est légèrement penchée (à 15 °) tournant sur un axe oblique, qui fait que son niveau varie de 450 à 454 mètres.
L’axe au milieu de cette soucoupe se prolonge (bien verticalement) sous forme d’antenne, ce qui permet à l’exploitant de dire que sa tour est la plus haute d’Asie puisqu’elle atteint plus de 600 m. avec l’antenne, alors que sa rivale, la tour de Taipei, qui fut jusqu’en 2008, la plus haute du monde, n’atteint « que » 509 mètres.
Tandis qu’à Taïpei
Mais à Taipei, il s’agit d’une altitude entièrement construite : l’immeuble- tour, comme son appellation de Tower one zero one le suggère, a 101 étages, alors que celle de Canton n’en a que 37. En revanche, l’architecture de cette tour toute nouvelle dans le paysage urbain de la métropole du sud, est vraiment élégante et audacieuse. Epousant la forme d’un long diabolo, les Cantonnais l’ont déjà surnommée : « la fille à la taille de guêpe ».
On sait que la plus haute tour du monde est celle de Dubaï (Burj Khalifa, à 828 mètres), en grande partie construite par l’entreprise belge Besix. Les Chinois viennent pour leur part d’entamer la construction à Pékin de ce qui sera la 2e plus haute tour d’Asie : la Beijing CBD Business festival Tower, qui fera 500 mètres de haut, avec 118 étages (donc 17 de plus que la tour de Taipei) : une rivalité sino-chinoise en quelque sorte.
A présent, il s’agit, pour les investisseurs et exploitants de la « plus haute grande roue du monde » à Canton…de rentrer dans leurs frais : monter jusqu’au sommet à 450 mètres et faire un tour de 20 minutes en nacelle sphérique coûte la bagatelle de 150 yuans (ou 14,5 euros) par personne, autant qu’une entrée à l’expo universelle de Shanghai en 2010.
Il n’empêche : tous les T.O. locaux s’empressent à présent d’inclure un tour en grande roue dans leurs excursions sight seeing cantonnaises.
Et ça marche fort
Quel touriste en effet ne serait-il pas tenté par une escalade de « la fille à la taille de guêpe » ?
Camille Vermont
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