Login

La chronique d'Esther

La chronique d'Esther: Y a pas qu'en Belgique que les marges des AGV sont rabotées

22 juillet 2011


Il est un fait avéré, et pourtant loin d’être évident aux yeux de tous : l’agent de voyages n’empoche pas le « bon argent » de ses clients. Je m’explique : lorsque vous achetez un voyage sur mesure pour 2 personnes à 2000 euros, par exemple en Espagne, voici comment se décompose le tarif (schématiquement) :

* 300 € de billets d’avion (et à moins de vous emmener à destination sur son dos, l’agent de voyages ne perçoit rien sur ce tarif, surtout depuis les nouvelles dispositions de « commission 0″)


* 200 € de taxes aéroport (là encore, rien pour l’agent de voyages)


* 300 € de location de voiture (l’agent de voyage percevra entre 10 et 15% sur cette prestation, soit au mieux 45 €)


* 1200 € pour 7 nuits d’hôtels 4* petits déjeuners inclus (et là, soit l’hôtel accorde une commission à l’agent de voyage, entre 8 et 12%, avec au mieux 144 € de marge, soit l’agent de voyage devra « gonfler » son prix, s’il ne souhaite pas travailler gratuitement).

En résumé, sur ce voyage qui vous coûte 2000 € à vous, client, l’agent de voyages sera rémunéré, lui, à hauteur de 189 € maximum.

Il pourra vous rajouter d’éventuels frais de dossier. Ou encore augmenter légèrement le prix final. Sauf que de nos jours, les clients annoncent des budgets si serrés que si l’agent de voyages veut avoir une chance de vendre le voyage qu’il a passé deux heures à monter, il a tout intérêt à se montrer raisonnable.

L’agent de voyages vous présente donc son devis à 2000 € pour 2 (sur lequel il percevra au mieux 189 euros). Ce devis présente toutes les garanties, et vous évite de réserver séparément votre vol, votre location de voiture et votre hôtel, avec les risques que l’on connaît (vol annulé, hôtel en surbooking, voiture de location qu’on ne peut finalement pas retirer car on ne dispose pas de la bonne carte de paiement…). Vous êtes donc déchargé de nombreux soucis, et vous pouvez même souscrire une assurance-annulation si le coeur vous en dit.

Internet toujours moins cher ?

Et là, vous allez voir sur internet et vous réalisez qu’en réservant vous-même ce voyage, il vous reviendra moins cher. Et vous dîtes à l’agent de voyages : « votre offre m’intéresse, si vous baisser votre prix de 10%. » Ne vous demandez plus pourquoi l’agent de voyage est au bord de la syncope : vous venez de lui demander de vous vendre son voyage à perte. S’il vous consent 10% de remise, il y est de 10 € de sa poche.

Et ce n’est pas fini. Si l’agent de voyage est assez fou pour accepter, en espérant vous fidéliser, en espérant aussi que votre mari, qui est commercial chez Renault, aura peut-être un séminaire à organiser pour ses équipes, voici ce à quoi il s’expose :

* Les clients vont lui envoyer tous leurs amis près de leurs sous (mais pas « pauvres », car ils n’achèteraient pas sinon des voyages sur mesure à 2000 €) et ils vous demanderont la même ristourne


* Le mari demandera à l’agent de voyage de lui organiser un séminaire pour son équipe commerciale, mais comme il gère l’argent de la boîte comme son propre argent, il vous exigera une ristourne indécente


* Enfin, le directeur de l’agence sera content car l’agent de voyages aura fait une vente, mais lorsqu’il se penchera sur la marge dégagée, le vendeur passera un sale quart d’heure


* Sans oublier tous les pépins que l’agent de voyage devra régler à distance, lorsque les clients à qui il a vendu un voyage à perte estimeront que c’est son métier de gérer la panne sur l’autoroute, la vue mer latérale (et non frontale), la fuite d’eau dans la salle de bains, le retard de l’avion, et j’en passe et des meilleures.

Conclusion : un agent de voyage qui dégage une marge de 20% peut s’estimer très heureux, et sa marge oscillera le plus souvent entre 8% et 14%.

Esther Baruchel

www.estherbaruchel.com

Lire aussi dans la rubrique "La chronique d'Esther"

* Un devis, cela passe ou cela casse, on ne sait jamais à l’avance

La chronique d'Esther

J’ai longtemps cru que je pouvais mettre mes prospects et clients dans des cases, repérer, à leur attitude, si j’avais des chances raisonnables de leur commercialiser un voyage ou un séminaire. Et puis, je réalise que la règle, c’est qu’il n’y a pas de règle. Et qu’il faut se fier à son instinct… mais pas trop !

04 mai 2012

*Un bon chocolat…. C’est comme un bel hôtel !

La chronique d'Esther

Comme j’ai la manie de tout rapporter au tourisme de luxe, je n’ai pu m’empêcher de penser qu’un bel hôtel fait, comme le bon chocolat, aussi appel aux 5 sens.

18 avril 2012

*La chronique d’Esther Baruchel : Ces étudiants qui trichent en se faisant passer pour des clients

La chronique d'Esther

Une des bêtes noires des agences événementielles, ce sont les étudiant(e)s à qui le professeur donne un cahier des charges pour organiser un séminaire. Charge aux élèves de faire des recherches, en situation, c’est à dire en se mettant dans la peau d’un chef de projet événementiel.

29 février 2012

Prix affolants pour la morte saison glaciale des hôtels du Nord de la France

La chronique d'Esther

Sans le vouloir, j’ai fait une petite étude de marché sur la flambée des prix dans l’hôtellerie de charme et de luxe dans les environs de Paris. 

10 février 2012

Consulter les archives: La chronique d'Esther