La chronique de Pierre Sparaco dans AeroMorning
La chronique de Pierre Sparaco d'Aeromorning: les pilotes de lignes indignés de ne plus pouvoir faire grève sans préavis
02 janvier 2012
Les pilotes de ligne français une fois de plus indignés.
L’année 2012 ne commence pas très bien. Elle s’annonce agitée et le secteur aéronautique n’échappera pas à la règle, ainsi qu’en témoignent des informations révélées en pleine trêve des confiseurs, à commencer par l’annonce d’une grève de quatre jours, du 6 au 9 février, décidée par les pilotes membres du SNPL France ALPA. Une véritable extravagance qui confirme que l’inquiétude et l’incompréhension sont de mise au cœur du transport aérien français.
Les pilotes, une fois de plus, se comportent comme s’ils étaient intouchables (d’autres acceptions du terme sont heureusement plus sympathiques) et crient leur indignation, sans que le commun des mortels ne soit en mesure de les comprendre. Et, comme c’est fréquemment arrivé dans le passé, un problème en cache un autre.
Le député UMP Eric Diard, qui ne passe pas pour un spécialiste reconnu des ailes civiles françaises mais témoigne néanmoins d’un certain bon sens, estime que le droit de grève dans l’aérien gagnerait à être «encadré».
En français de tous les jours, il s’agirait d’établir des règles du jeu, là où elles sont cruellement absentes, comme c’est déjà le cas au sol. D’où une proposition de loi, descendue du ciel à quelques jours de Noël, et qui a aussitôt mis le feu au SNPL mais aussi dans les rangs de l’UNSA aérien.
Comment ? Réglementer ? Encadrer ? Impensable, tout simplement impensable ! Une réponse brutale, non négociable des pilotes, et qui ne résulte même pas d’échanges de vues ou de négociations qui auraient échoué.
Que dit le SNPL ? Qu’il «dénonce ainsi la méthode adoptée par le gouvernement de recourir à une loi limitant le droit de grève dans le transport aérien, sans concertation ni dialogue». Et d’ajouter que cette manœuvre masque l’incurie des Pouvoirs publics et ne laisse aux pilotes d’autre choix que d’appeler à la grève, précisant que «le mouvement saura être à la hauteur de l’attaque portée par le gouvernement». A bon entendeur, salut !
Le bon Diard ne s’attendait probablement pas à cela. Avec l’appui de 90 de ses collègues, il croyait visiblement faire œuvre de bon sens, au lendemain de la grève des agents de sûreté aéroportuaire. Un mouvement très impopulaire, mal géré par les ministres concernés, incapables de prendre du recul, de cerner les causes du mal et d’en tirer les conséquences.
Les personnels de sûreté, qui exercent un métier ingrat, sont mal rémunérés par leurs employeurs, des entreprises privées qui se livrent à une concurrence acharnée pour tenter de s’arroger des parts de marché supplémentaires.
Brink’s, Securitas et les autres ne peuvent pas faire beaucoup mieux, semble-t-il. Mais la vraie cause du mal est tout autre, et évidente : privatiser la sûreté était une lourde erreur, un constat que n’ont fait ni Nathalie Kosciuko-Morizet, ni Thierry Mariani et moins encore Claude Guéant.
Ils ont fait une brève apparition à Roissy, face à un mur de caméras, pour indiquer un supposé intérêt dans le dossier puis leurs limousines les ont rapidement reconduits vers les ors de la République. Ils n’ont rien vu, rien compris, rien proposé.
Eric Diard est plus concret. Son projet de loi, qui sera mis au vote le 24 janvier, prévoit un préavis de 48 heures destiné à augmenter la «prévisibilité» de toute grève, l’obligation pour les compagnies aériennes d’informer leurs passagers 24 à l’avance des retards importants ou d’annulation de vols. L’esprit est celui d’une «alarme sociale», toute notion de service minimum imposé étant exclue, le transport aérien n’étant pas inscrit au nombre des missions de service public.
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