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La chronique de Pierre Sparaco dans AeroMorning

La chronique de Pierre Sparaco d'Aeromorning: l'AEA pessimiste

23 janvier 2012

Bernard Gustin, co-directeur général de Brussels Airlines, président fraîchement élu de l’AEA, Association of European Airlines, a choisi d’entrée un ton inquiet : l’année 2012, prédit-il, sera «turbulente» et obligera plus que jamais les compagnies à contenir leurs coûts.

 

Ce ne sont pas des propos en l’air : les 35 adhérents de l’AEA estiment en effet que leur bénéfice d’un milliard et demi d’euros obtenu en 2011 cèdera la place, cette année, à une perte se situant entre un et deux milliards. En clair, Bernard Gustin ne voit pas l’avenir en rose.

Le contexte propre à cette grande fragilité a un air de déjà vu. Les compagnies multiplient des efforts méritoires pour accroître leur efficacité économique mais, dans le même temps, elles souffrent de la nouvelle envolée du prix du carburant, +40% environ par rapport à 2009, ce qui signifie que le kérosène intervient aujourd’hui pour 29% des coûts directs d’exploitation.

C’est insupportable dans la mesure où les tarifs aériens pratiqués ne reflètent pas cette évolution, comme s’il s’agissait de nier la réalité pétrolière. Mais l’AEA ne dit pas tout : ses membres hésitent à relever leurs grilles tarifaires par crainte de perdre davantage de terrain par rapport à leurs concurrents low cost. Lesquels continuent de progresser et pèsent désormais très lourd dans la balance.

Qu’on en juge : les compagnies européennes «traditionnelles» ont transporté 363 millions de passagers en 2012, tous réseaux confondus. Les low cost, qui ne sortent pourtant pas des limites de l’Europe, quelques lignes vers l’Afrique du Nord mises à part, ont acheminé pour leur part environ 190 millions de passagers (les statistiques précises ne sont pas encore disponibles) dont 75 millions pour la seule Ryanair et 53 millions pour EasyJet. S’y ajoutent Norwegian, Wizzair, Vueling, etc., et pour autant qu’on continue de la classer dans la même catégorie, Air Berlin. On notera aussi que Transavia.Com, qu’Air France-KLM présente à tort comme une filiale low cost à part entière, transporte à peine 5 millions de passagers par an, et cela exclusivement sur des destinations touristiques.

Dans ces conditions, l’AEA ne représentez plus qu’une partie du trafic assuré sous pavillon européen, d’autant plus qu’il convient aussi de tenir compte des 100 millions de voyageurs que transportent chaque année les compagnies membres de l’IACA, association de charters qui sont loin d’avoir dit leur dernier mot.

L’AEA, certes, reste importante, ses membres assurent plus de 11.000 vols quotidiens à travers le monde avec 2.670 avions mais il serait trompeur de leur laisser le monopole de la parole, du commentaire, du lobbying ou de la contradiction apportée aux autorités qui continuent obstinément de considérer le transport aérien comme une vache à lait corvéable et taxable à merci.

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Pierre Sparaco - AeroMorning

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