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Compagnies régulières

Finnair, la compagnie pas comme les autres

08 février 2012

Décidément chaque semaine amène son lot d’informations sur l’ouverture de lignes aériennes intercontinentales entre l’Europe et l’Asie orientale, et plus spécialement la Chine et Hong Kong, l’initiative venant aussi bien d’Europe que d’Asie :  citons Finnair, SAS, Hong Kong Airlines/Hainan Airlines.

Finnair, la compagnie exemplaire

A tout seigneur tout honneur, rendons d’abord hommage au pionnier européen du vol intercontinental haut-de-gamme-même-en-classe-économique, tout en étant « safety » et ponctuel comme une horloge suisse, qu’est, depuis les années 1980, la compagnie nationale finlandaise Finnair.

Commençons par saluer en elle la solidité financière et managériale : car cette compagnie toujours en bonne santé est restée une entreprise nationale, le porte drapeau d’un « petit » pays du moins par la population (5,5 millions d’habitants, sinon par l’étendue (les deux tiers de la France), le « mouton noir » pourtant qui n’a pas voulu s’allier au sein de SAS avec les autres pays nordiques que sont le Danemark, la Suède et la Norvège.

Comment une telle compagnie a-t-elle pu rester concurrentielle dans un environnement aérien international qui relève de la loi de la jungle ? La réponse de « la bonne gestion » ne suffit évidemment pas. Elle participe en fait du même principe que celui qui a fait le succès du numéro un mondial du portable qu’est devenu Nokia, cet autre finlandais.

Une base solide comme du roc

La Finlande possède un des plus hauts niveaux de vie de l’Europe et du monde. Le pays est fort étendu (330.000 km2 environ) et d’un seul tenant.

Homogène géographiquement il l’est aussi ethniquement : hormis de faibles minorités d’à peine quelques pourcents – des suédophones au sud, des Lapons au nord – la population est presque entièrement composée de Finnois, c'est-à-dire d’une population qui n’est ni nordique, ni slave, ni anglo-saxonne ni, en un mot, indo-européenne.

Les Finnois sont (comme les Hongrois et les Estoniens) des populations ouralo-altaïques venues occuper l’Europe depuis leurs lointaines steppes mongoles, et ce par vagues successives dont les plus connues sont celles des Huns (5e siècle) et celles de  Ghengis Khan (12e siècle) : ils n’avaient donc et n’ont toujours rien à partager avec leurs voisins nordiques, fussent-ils ceux de la compagnie aérienne SAS…mais beaucoup avec des partenaires industriels, lointains frères de lait venus de l’Extrême-Asie.

Cela n’explique toujours par leur succès en matière de transport aérien ni de téléphonie cellulaire.

Disséminés en de multiples petites communautés sur un territoire très étendu et souvent peu accessibles (myriades de lacs, enneigement durable, rareté et coût prohibitif des infrastructures de transport terrestres), les Finlandais usent depuis très longtemps de ces autres moyens de communication et de rencontre que sont la radio et la téléphonie, avec ou sans fil, et désormais aussi l’internet.

Depuis la nuit des temps, oserait-on ose dire, ils ont joué cette carte là sans jamais la considérer comme un luxe ou un superflu. Ainsi, sont-ils devenus, sinon les meilleurs concepteurs, du moins les meilleurs gestionnaires de ces technologies.

Les vols domestiques toujours rentables

Ceci explique sans doute que, chez eux, l’aviation « domestique » a toujours été rentable là où dans la plupart des autres pays européens elle était déficitaire (voyez les échecs de compagnies comme la française Air Inter ou l’est-allemande Interflug…

Pour ne par parler du ridicule que furent les « lignes aériennes wallonnes » : ne riez pas car dans les années 1970: ils y eut effectivement des lignes aériennes régulières de passagers Liège-Charleroi-Ostende-Londres et retour !). (NDLR :Sans oublier VLM, une compagnie flamande mais en réalité hollandaise… C’est sans doute grâce à son actionnariat hollandais que VLM a pu éviter les pièges de la politisation et rester rentable.)

Les raisons du succès

Pour l’intercontinental asiatique les Finlandais ont compris que la situation excentrée de leur pays loin des « hubs » de l’Europe occidentale, pouvait être un atout.

En 1988, là où les « majors » du transport ouest-européen (Lufthansa, Air France, British Airways) mettaient 10 à 12 heures pour relier Pékin ou Shanghai, Finnair, depuis Helsinki, n’en mettait que 8 …pour un billet qui coûtait moins cher grâce à l’économie de fuel réalisée.

Et ainsi, de même qu’ils firent de Nokia un modèle incontournable, les Finlandais firent d’Helsinki-Arlanda  le « hub aérien » incontournable entre l’Extrême-Occident et l’Extrême-Orient.

Et voilà donc que le Liliput de la mer Baltique remet ça en annonçant pour début mai 2012 un vol direct entre Helsinki et Chonqging, la grande métropole de la province chinoise du Sichuan…dont peu de personnes savent qu’il s’agit de la ville la plus peuplée au monde (avec 31 millions d’habitants !).

Une fois encore, Finnair est pionnière

Une fois encore, Finnair est pionnière puisqu’elle inaugure le premier vol régulier direct jamais opéré entre l’Europe occidentale et la capitale du Sichuan, ville historique aussi, comme le raconta si bien l’écrivain Lucien Bodart dans son fameux et mythique roman « Monsieur le consul »…

Le vol Finnair en Airbus A340 au départ d’Helsinki durera 8 heures et trente minutes. Il sera opéré quatre fois par semaine.

Devant l’exemple Finnair, SAS est obligée de répliquer comme les compagnies chinoises

Face à un tel défi asiatique, le concurrent de toujours, Scandinavian Air System – la multinationale SAS …dont la Sabena faillit faire partie dans les années 1980 à l’initiative de l’ancien patron de l’air-Terminus, feu Carlos Van Rafelghem, ne pouvait que relancer son escale de Shanghai : dès le 2 mars prochain, SAS opèrera, cinq fois par semaine au moyen d’un semblable A340, un vol direct Copenhague-Shanghai, qui prendra dix heures de navigation (s’ajoutant à un vol de 9 heures Copenhague-Pékin). 

Les deux autres initiatives chinoises, Hong Kong Airlines et Hainan Airlines,  méritent elles-aussi un éclairage particulier…dans la mesure où elles avaient des liens (et des visées) avec la compagnie aérienne hongroise naufragée Malev.

Hong Kong Airlines, un nouveau venu anglo-chinois de Hong Kong (connu d’abord sous le nom de Oasis Hong Kong Air) qui avait commencé il y a une dizaine d’années à relier une vingtaine d’escales de Chine continentale à Hong Kong, s’est fort internationalisée au cours des dernières années et a récemment fait parler de lui en décidant d’acheter des Airbus 380 pour développer ses lignes dans le sud-est asiatique. 

Un moment, il fut question de coopérer sur le plan commercial avec Spanair, qui programmait des vols Bilbao-Hong Kong.

Aujourd’hui Hongkong Airlines, qui est elle-même détenue à 45 pc par Hainan Airlines, annonce l’ouverture le 8 mars prochain d’un vol quotidien entre Londres (Gatwick) et Hong Kong.

Plus question toutefois pour son partenaire Hainan Airlines d’envisager, comme il l’avait espéré en s’alliant avec le hongrois Malev, de faire de Budapest un nouveau « hub » desservant principalement les capitales d’Europe centrale et orientale. Une prise de participation de Hainan dans Malev était pourtant encore prévue à la mi-2011.

Mais il reste peut-être quelques beaux morceaux de la défunte Malev à se partager ?

 

  Camille Vermont

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