Compagnies régulières
Cela bouge dans le ciel aérien chinois et périphérique !
27 janvier 2012
L’industrie chinoise du transport aérien continue sa croissance « en douceur », sans trop se faire remarquer en Europe et Amérique du nord (sauf quand elle prend des participations directes dans des compagnies aériennes comme la récente prise de participation de Hainan Airlines dans Aigle Azur) et elle croît plus vite que ses concurrente du reste de l’Asie (par exemple du Japon) en raison de l’explosion de son trafic intérieur.
C’est le cas de China Southern Airways, qui n’était qu’une petite compagnie régionale lors de sa fondation en 1981 à Canton (Guanzhou), ville importante du sud à 130 km au nord de Hong Kong mais certainement pas la plus importante, passant loin derrière des villes comme Pékin, Tianjin, Shanghai ou Chongqing.
Eh bien, aujourd’hui elle est devenue la première de Chine, loin devant le flag carrier national qu’est Air China (Pékin), devant China Eastern Airways basée à Shanghai, où se trouve la plus grande (et la plus riche) concentration de population urbaine de Chine, et devant l’outsider que constitue Hainan Airlines, extrêmement active à l’international : en 2011, China Southern a en effet totalisé plus de 80 millions de passagers (contre 76 millions en 2010) et exploite la plus grande flotte civile de l’Exrême-Orient avec 444 appareils desservant près de 200 escales.
Aujourdhui China Southern opère moins au départ de Canton que de Pékin et a largement contribué au développement de l’aéroport de la capitale qui, en nombre de mouvements, commence à concurrencer le leader mondial qu’est Atlanta (USA). Or, il y a trente ans, les infrastructures de l’aéroport de Pékin (Beijing National Airport) faisaient encore penser à un aéroport de province ou, au mieux, à un minuscule aéroport international comme l’était celui de Melsbroek dans les années 1950.
Bien qu’elles soient toutes contrôlées par le Parti-Etat (et en même temps par les autorités provinciales dont elles dépendent et qui, elles, tendent à s’affranchir de la tutelle de Pékin), les compagnies de deuxième rang se livrent une concurrence sans pitié sur leur propre marché intérieur. Ainsi, China Eastern, la compagnie basée à Shanghai, vient de rafler à la barbe du « maître des lieux » qu’est Hainan Airlines une ligne entre Haikou (chef-lieu de l’île de Hainan) et Kaohsiung, la 2e ville de Taiwan…ce qui fait écrire à l’agence Chine Nouvelle que China Eastern a ouvert une ligne entre « la partie continentale de Chine » et Taiwan. Surréaliste car Hainan et Taiwan sont toutes deux des îles. Mais pour Pékin, qui ne veut pas entendre parler « d’Etat » taiwanais, tout ce qui est chinois et qui n’est pas à Taiwan est continental !
La compagnie nationale Air China ouvre de son côté, en mai prochain des vols directs sur Londres-Gatwick (4 par semaine) s’ajoutant à ceux d’Heathrow. Ici on ressent un effet direct des J.O. de Londres.
Korean Air, la compagnie nationale de Corée du sud, annonce elle l’ouverture en avril prochain de vols directs (trois par semaine) entre Séoul et Londres-Gatwick, lesquels s’ajouteront à ses vols quotidien sur Londres-Heathrow
Si tout va bien donc pour les compagnies « continentales », l’avenir est moins bleu pour les compagnies « insulaires taiwanaises », comme China Airlines, transporteur n° un de Taiwan : celle-ci doit arrêter à partir de cette année ses vols directs vers Londres-Heathrow, prétextant la hausse des prix du carburant…qui est pourtant tout aussi contraignante pour British Airways qui maintient ses vols sur l’île (moyennant une escale à Hong Kong).
China Airlines « remplace » donc son principal vol intercontinental par un vol en code partagé avec KLM : l’aéroport final n’est plus Londres (malgré l’impact des Jeux Olympiques) mais Amsterdam et ce vol n’est plus direct, il est interrompu par une escale à Bangkok. China Airlines annonce qu’elle pourra reprendre ses vols directs sur Londres lorsqu’elle aura pris possession de ses nouveaux Airbus A350 (de plus grande capacité que les A340 actuels), c'est-à-dire pas avant 2015.
Signe que l’explosion du trafic aérien chinois est liée également au développement du tourisme intérieur, plusieurs compagnies se font la concurrence pour desservir, au départ des villes de province, la cité mythique de Lhassa où – hélas – les « colons » chinois sont devenus plus nombreux que les Tibétains de souche, mais qui de ce fait attire de plus en plus de touristes des villes côtières chinoises assurés de pouvoir retrouver, en plain milieu de l’Himalaya, des conditions de vie semblables aux leurs.
Que restera-t-il d'authentique au Tibet ?
Ainsi Xiamen Airlines, la compagnie de la province maritime du Fujian vient d’ouvrir une ligne sur Lhassa, ligne qui s’ajoute à celles d’autres compagnies basées à Fuzhou, Chongqing, Shanghai, Pékin, etc. Plus de dix millions de touristes « intérieurs chinois » devraient fouler le sol sacré de Lhassa dans deux ou trois ans (soit plus du double de la population de la « province » tibétaine), selon les prévisions du plan quinquennal 2011-2015…et donc atténuer quelque peu l’authenticité de la région aux yeux…des touristes européens.
Parenthèses, ici, pour conseiller au T.O. occidentaux qui organisent des voyages au Tibet d’exiger que le guide local soit un guide dont la langue maternelle est le tibétain…seule garantie pour eux de découvrir la culture tibétaine authentique…
Un bémol purement climatique et conjoncturel vient s’ajouter à l’explosion du trafic intérieur chinois : les conditions climatiques en cette période de célébration du nouvel an lunaire sont exécrables : une vague de froid s’étend sur tout le pays, faisant apparaître des temperature jusqu’à moins 30 degrés dans le nord, des tempêtes de neige et des bancs persistant de brouillard entravant le trafic à Pékin, Xian, Wuhan et d’autres grandes villes, conduisant à l’annulation de centaines de vols. En outre, à Pékin c’est moins de brouillard que de smog qu’il faut parler avec une pollution maximale persistante de l’air.
Ces conditions n’ont évidemment pas cours dans le sud et en particulier à Hong Kong où les touristes « du continent » sont plus nombreux que jamais. Pour l’ensemble de 2011, ils auraient atteint le chiffre record de 28 millions.
De plus en plus d’opérateurs occidentaux tiennent compte du boom du tourisme chinois. Le moindre n’est certainement pas Aéroport de Paris qui, pendant cette semaine de nouvel an chinois, fait diffuser des messages de bienvenue en chinois – mandarin de Pékin et cantonnais ! – et développe une traduction chinoise de la signalétique aéroportuaire à l’intention des chanceux Chinois du sud qui peuvent se permettre de passer la période des fêtes dans la Ville-Lumière.
Camille Vermont
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