Grandes chaînes
* Campanile se met à l’heure – et à la langue – chinoise… mais se fait des illusions sur le « renvoi d’ascenseur » en Chine
07 décembre 2011
L’information vient d’être rendue publique à Paris : la chaîne hôtelière 2 et 3 étoiles Campanile (propriété du groupe « Le Louvre Hotels ») a décidé de mettre ses hôtels à l’heure chinoise, c’est-à-dire de proposer certains services adaptés aux besoins de la clientèle chinoise, que ce soit au niveau culinaire ou à celui de l’information (et donc avec usage du « mandarin », la langue officielle telle qu’elle est pratiquée dans les grandes villes chinoises).
Campanile compte 320 établissements en France
« L’opération sinisation » débute le 1er janvier prochain et concernera une première tranche de 15 hôtels : huit à Paris et sept en province, soit dans les six villes actuellement les plus visitées par les 550.000 touristes chinois qui se rendent chaque année dans l’Hexagone, et cela de plus en plus souvent à titre individuel, en couple ou avec leur unique enfant (mais sans dépendre d’un T.O. chinois…et généralement sans connaître quelle que langue étrangère que ce soit, même pas l’anglais).
Outre les huit de Paris, 3 Campanile à Lyon ainsi que ceux de Nice, Marseille, Bordeaux et Aix-en-Provence seront « sinisés ». En phase ultérieure, Campanile prévoit de passer à 75 hôtels sinisés.
Sinisés ? N’exagérons rien.
Le réceptionniste ne maîtrisera pas le mandarin mais pourra mettre son client en contact téléphonique avec un interlocuteur parlant chinois (et pouvant répondre dans cette langue à toutes les questions qu’il se pose liées à son séjour) et lui remettre la documentation en chinois sur l’hôtel et ses divers services, ainsi que sur la ville d’implantation de l’hôtel.
Le petit-déjeuner sera chinois (sur demande) c'est-à-dire composé d’un bol de soupe de maïs ou de riz aux légumes, de raviolis, de « baozi » (petits pains chinois à la vapeur, éventuellement farcis de légumes pimentés) et bien entendu de thé vert (ou « lücha », soit le breuvage le plus ingurgité consommé dans l’Empire du milieu).
Les hôtes chinois pourront bien entendu demander des « baguettes » (en espérant que les serveurs français ne confondront pas avec la « baguette de pain » !).
Il faudra aussi que la clientèle française majoritaire fasse en effort d’adaptation en dégustant le matin le croissant-beurre de son propre petit-déjeuner : car, assis en face d’elle, se trouveront des hôtes chinois qui laperont bruyamment leur potage à force d’éructations, borborygmes et autres « slurps » comme il est de tradition, en tout bien tout honneur, dans l’Empire du milieu…
Les chambres aussi seront sinisées du moins en partie
Dans les chambres, et comme cela se fait partout en Chine, il y aura en permanence un thermos rempli de thé bouillant et le récepteur de TV permettra de capter les émissions en direct depuis la chaîne chinoise principale, la CCTV. La facture de fin de séjour aussi pourra être libellée (sur demande) en mandarin.
Un partenariat le groupe hôtelier chinois Jin Jiang Jin
Pour rendre ceci pratiquement réalisable Le Louvre Hotels s’est associé avec un groupe hôtelier chinois partenaire, qui applique une formule similaire (hébergement hôtelier moyen 2 ou 3 étoiles de bonne facture, moderne et implanté dans les centres urbains) : le groupe shanghaïen Jin Jiang Inn, qui exploite de nombreux hôtels (d’une bien plus grande capacité il est vrai : de 100 à 500 chambres).

Cette coopération implique, pour les hôtels Campanile participants, d’apposer de manière apparente le logo Jin Jiang sur leur façade, les gérants des hôtels Jin Jiang promettant à leur tour d’afficher dans leur lobby le logo de Campanile…et de faire un effort pour offrir à leurs clients de l’Hexagone, dans 15 de leurs établissements situés à Shanghai, Xian et Pékin, un service « français » équivalent. Des échanges de personnels et des stages de formation sont prévus de part et d’autre. Ainsi bien sûr que la présentation conjointe de ces offres sur Internet.
Notre expérience des hôtels Jin Jiang …
Hélas, ajouterons-nous en nous basant sur la propre expérience (récente) que nous avons des hôtels Jin Jiang, c’est ici que le bât blesse : si les Français sont bien disposés à faire un effort d’ouverture dans l’espoir de capter une part croissant du gâteau touristique chinois, un tel souci semble être totalement absent du côté chinois où, de toute manière, la part de la clientèle française (ou francophone) reste marginale dans le chiffre d’affaires.
Séjournant pendant plusieurs jours l’an dernier dans l’une des principales Jin Jiang Inns de Shanghai, nous y fûmes assez mal reçus : la réservation faite par Internet n’avait pas été enregistrée, l’accueil à la réception – où seule une personne parlait (très peu) l’anglais – était méprisant, arrogant, malpoli.
A l’inscription, il ne suffisait pas de faire enregistrer son n° de carte de crédit, il fallait d’office en faire débiter le montant avant consommation, sans donc aucune possibilité de modifier ou de prolonger son séjour… Et, lors du check-in (en principe non nécessaire dans ces conditions) on vous y astreint après une longue file seulement pour vous remettre la note d’hôtel, qu’on n’avait pas voulu vous donner au moment du débit réel de votre carte.
Et – un comble ! – le réceptionniste tenta de faire débiter deux fois le montant de la note, ce à quoi nous avons pu échapper seulement en provoquant un esclandre (… en anglais de sorte qu’on ne put être sûr que les Chinois de l’hôtel aient compris notre propos).
Autrement dit : l’expérience que nous avons eue des « Jin Jiang Inns » est calamiteuse !
Que cela ne nous empêche pas de souhaiter bonne chance tout de même aux gestionnaires sinophiles de la chaîne Campanile… qui sont prêts, apparemment, à jouer sportivement le jeu de la coopération.
Camille Vermont
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